Réduire les coûts de transport : agir sur les flux et le remplissage
Dernière mise à jour : 11 oct.
Pour réduire les coûts de transport, les entreprises peuvent travailler le volume des emballages, le remplissage des véhicules et la construction de leurs plans de transport. Ces choix invitent aussi à examiner l’impact environnemental des flux, en tenant compte de la qualité de service et des solutions réellement disponibles.
Les témoignages de Pierre Lebert chez ManoMano, de Marine Pomart dans l’épisode consacré à Jules et de Vincent Arnoux chez Salins, recueillis dans Au cœur de la Supply Chain, montrent comment aborder ces arbitrages.
1. Réduire le vide transporté en travaillant les emballages
Chez ManoMano, Pierre Lebert décrit un travail sur la gamme de cartons à partir des données de vente, des dimensions des produits et des emballages utilisés. L’objectif est de mieux adapter le contenant aux commandes préparées. Un algorithme connecté au WMS, le système de gestion de l’entrepôt, recommande l’emballage à utiliser. La solution peut ainsi évoluer sans nécessiter de revoir l’ensemble du WMS.
Le témoignage évoque également des cartons ajustables en hauteur, adaptés manuellement. Le choix de mécaniser cette opération dépend des caractéristiques des produits et de la rentabilité de l’investissement.
L’optimisation du transport commence ici au poste d’emballage. Le volume expédié dépend de décisions prises en entrepôt, avant même de choisir le véhicule ou la tournée.
2. Améliorer le remplissage en préservant les produits
Le chantier mené chez ManoMano porte aussi sur le chargement des camions, notamment avec le chargement de cartons en vrac plutôt que sur palettes lorsque cela est adapté.
Cette organisation impose de surveiller la casse : mieux remplir ne doit pas conduire à dégrader les produits livrés.
Dans son entretien, Pierre Lebert rapporte un taux de remplissage des camions atteignant 70 % et une diminution des coûts de transport de 10 à 15 % dans le cadre des améliorations décrites.
Ces résultats concernent le périmètre présenté dans l’épisode. Ils ne constituent pas une cible applicable à toutes les entreprises. Le témoignage ne donne pas de réduction chiffrée des émissions de CO₂ associée à ces gains. L’enseignement est concret : pour chercher des économies, il faut observer ensemble les emballages, le chargement et la qualité de livraison.
3. Construire les flux avec les transporteurs pour réduire les coûts de transport
Marine Pomart revient sur ses expériences chez Kiabi, Boulanger et Jules. Elle décrit une évolution du rôle des équipes : construire les plans de transport, massifier les flux et travailler avec les partenaires sur les capacités nécessaires. Dans les expériences qu’elle partage, les équipes ont notamment loué des capacités de camions complets et organisé elles-mêmes les flux. Cette organisation permettait d’éviter certains passages à quai dans les réseaux des transporteurs. Elle suppose aussi de savoir s’adapter à la saisonnalité. Un plan construit pour un niveau d’activité donné doit pouvoir évoluer lorsque les volumes changent.
La discussion avec le transporteur porte alors sur la façon d’organiser le service : quels volumes, quelles capacités et quels circuits ?
Cette coopération rejoint les enjeux développés dans notre article sur la relation client-fournisseur et le partage de visibilité, appliqués ici à l’organisation des flux transport.
4. Évaluer le report modal à partir des contraintes réelles
Le report modal consiste à faire évoluer le mode de transport utilisé pour un flux. Le rail-route fait partie des pistes étudiées par Salins pour décarboner ses transports. Vincent Arnoux explique toutefois que les ambitions se heurtent à la disponibilité des infrastructures, à l’offre et à la fiabilité opérationnelle. Il cite notamment la suppression d’une liaison utilisée par le groupe, qui a imposé de remettre des camions sur la route.
Son conseil est de regarder les infrastructures réellement accessibles et d’aller visiter les terminaux pour comprendre les opérations de transfert et leurs contraintes. Le coût et le délai doivent également être examinés. Dans le cas qu’il décrit, accepter un délai plus long ne suffit pas si ce délai reste trop incertain pour le client.
Un projet de décarbonation du transport doit donc être étudié flux par flux, avec les opérateurs capables de le réaliser.
Quels leviers examiner dans votre entreprise ?
Ces retours d’expérience permettent de structurer l’analyse autour de quatre questions :
Les emballages sont-ils adaptés aux dimensions des produits et aux commandes réelles ?
Les véhicules peuvent-ils être mieux remplis sans augmenter la casse ?
Le plan de transport permet-il de regrouper les flux et de limiter les passages intermédiaires ?
Les solutions alternatives envisagées sont-elles compatibles avec les infrastructures, les délais et la fiabilité attendue ?
Les réponses peuvent conduire à modifier un emballage, un processus de chargement, un plan de transport ou la coopération avec un partenaire. Elles permettent aussi d’identifier les arbitrages entre coûts, service et impact environnemental.
Pour approfondir ces sujets, découvrez les expertises de Cogence en optimisation de la performance et des coûts Supply Chain et en Supply Chain responsable.
Retrouvez les témoignages :
Je suis Juliette Rihal, consultante en Supply Chain auprès des grands groupes et des ETI depuis plus de 15 ans. J'ai fondé le cabinet de conseil Cogence pour aider les entreprises à concilier performance, résilience et impact. J'anime également le podcast Au Coeur de la Supply Chain. Contact : juliette.rihal@cogence-consulting.com



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